Depuis septembre, je vois votre fille chaque semaine. Peut-être qu’en vous voyant, je trouverais une ressemblance. Peut-être pas. Je ne connais que votre voix, filtrée par le téléphone. Et encore, quand je dis connaitre…Vous m’avez appelée en début d’année pour l’inscrire au caté. J’ai essayé de vous dire les projets, l’aumônerie, la démarche, mais c’était l’horaire qui vous souciait, à cause de la danse presque en même temps.
Chaque mois, je vois votre nom dans les destinataires des mails, je sais que vous recevez l’information comme tous les autres. Mais je ne lis jamais votre réponse. Elle doit se perdre dans les méandres des ondes de nos boites.
Je vous ai invitée la semaine dernière. Votre fille vous a remis le courrier. C’était une réunion pour vous raconter les trois jours qu’elle va passer, avec nous, sans vous, pour sa retraite de profession de foi. Vous savez, enfin, je suppose que vous savez, mais nous partons bientôt, à plus d’une heure d’ici, en bord de mer. Nous partons nombreux, avec d’autres groupes. Nous partons trois jours. Il y aura des jeux, des temps de prières, de réflexion, des veillées et puis, le sacrement de réconciliation aussi. Trois jours dont beaucoup se souviennent encore, même des années plus tard, marqués par ce temps ailleurs, différent. Vous allez laisser partir votre fille, sans savoir, ni avec qui, ni où, ni comment. J’admire votre confiance. Parce que, rassurez-moi, c’est de la confiance, hein ? Je ne voudrais pas croire que ça ne vous intéresse pas, tout ce qui concerne votre enfant…
Dites-moi, quand votre fille rentre de l’aumônerie, vous lui demandez ce qu’elle a vécu, ce qu’elle y a fait ? Elle vous raconte, n’est-ce pas ? Parce que, moi, ses prières chuchotées, ses coups de gueule, ses ‘je comprends pas’, ses ‘pourquoi’, je les entends chaque semaine. Ses larmes, quand le temps de prière lui donne le temps de se poser, je les vois. Ses éclats de rire, les semaines où tout va bien, je les dévore. Elle vous raconte ?
Ou alors, c’est la peur qui vous empêche de lui parler de ‘ça’, de franchir la porte et d'entrer juste pour voir les lieux et nos têtes ? Peur qu’on vous questionne, qu’on effleure vos doutes, vos questions, qu’on secoue ce que vous essayez de si mal cacher, peur d’entendre parler de ce Dieu dont vous ne voulez plus entendre parler ?…non ?
Depuis septembre, votre fille a grandi. La laisserez-vous vous entrainer dans ses découvertes de ce Dieu qu’elle apprend à aimer, et qui ne demande qu’à remplir sa vie et la vôtre ?…
Je vous le dis tout bas, pour ne pas qu’elle entende, mais chaque semaine, quand vient son tour de tenir la bougie allumée devant la croix, c’est votre prénom qu’elle confie à Dieu…

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