Petits, on veut déjà leur expliquer le monde. D’abord, leur petit monde à eux. Oh, ça ne va pas très loin. Manger, dormir, jouer. Puis le regard s’élargit. L’horizon change de ligne en même temps qu’on rajoute des bougies sur le gâteau d’anniversaire. Les journaux, les infos, internet. Expliquer. Confronter. Comprendre. Argumenter. Défendre son idée. Ecouter celle de l’autre. Et la respecter, autant que possible.
Evidemment, on cherche, un peu, à les protéger, puis on apprend, aussi, à les impliquer dans une vie qu’ils se construisent.
Et l’apprentissage de la citoyenneté n’a pas d’heures.
De loin, l’événement est banal, tellement ressassé au quotidien par des médias assourdissants d’histoires semblables.
De près, l’événement est brulant, tellement proche et si révoltant.
Nous l’appellerons Ariane, et on aimerait que le fil noué à ses pieds, enchevêtré dans des rouages politico-administratifs se délie, vite, très vite, plus vite.
Le pays qui était le sien, loin, là-bas au Rwanda, est devenu terre de sang et de folie humaine.
Le pays qui devrait devenir le sien, ici, aujourd’hui, se refuse à devenir terre d’accueil.
Dans sa classe de première S, les élèves se mobilisent. Ils apprennent les manifestations silencieuses, ils partagent un mercredi après-midi, assis devant des grilles fermées d’une administration, ensemble, pour faire entendre leur soutien.
A 15 ans, lui, découvre ce monde, les hommes et les femmes qui le font et le défont, leurs raisons et leurs folies.
A 15 ans, il apprend à dire non. Parce que l’injustice frappe lourdement à la porte de sa classe.