Comme moi, ça leur arrive de rire. Comme moi, ça leur arrive aussi de pleurer. Comme tout le monde d’ailleurs.
Parce que le quotidien des jours qui passent n’est pas toujours celui qu’on espère, ou parce que l’imprévu d’une heure vide se remplit d’une inattendue rencontre.

Depuis mon lancement en mission – oui, je vous assure, je viens de signer à nouveau et ça fait un peu cet effet-là, comme un truc de dingue qui vous propulse dans un monde tout aussi improbable, inconnu, déconcertant, fatigant, mystérieux, surprenant, détonnant, attachant, délirant, percutant, attendrissant, bref, à la rencontre des collégiens et des lycéens ! – depuis donc, je les regarde, je marche à côté, un pas en avant, trois pas en arrière – ou l’inverse -  je les écoute, je les entends aussi !
Et je les photographie. Forcément.. 
Attraper un regard, un sourire, une joie, un soupçon de larme, une peur, une inquiétude, c’est comme un contrechant à ce qu’ils voudraient tant laisser paraitre, en nous laissant deviner ce qu’ils sont, qui ils sont, ce qu’ils espèrent, ce qu’ils vivent.
Chacun a son histoire, plus ou moins sinueuse, plus ou moins facile. Certains subissent, d’autres agissent. Certains parlent trop, d’autres se taisent trop. Certains bavardent avec Dieu, d’autres le cherchent encore.

La mission confiée me donne cette chance d’être là, au croisement de nos vies. Je suis l’adulte, ils le sont presque, en devenir. Rien n’est écrit, ni pour eux ni pour moi. Ils tombent, moi aussi. Mais on se relève.

Et quand les radios, les journaux, les réseaux en disent trop, quand les cours de récré débordent de rivalités, de sarcasmes, de violences, d’apparences, alors, on prend le temps, on s’écoute, on se parle, on se regarde, on s’interroge. Ensemble. Comme une pause la plus apaisante possible.

A relire nos rencontres, l’essentiel est alors d’être présence, avec une attention de chaque instant, aux moindres signes, invisibles, indicibles, inaudibles.

Et ne rien attendre. Surtout ne rien attendre.
Accepter de se laisser surprendre à chaque instant.
Par ce qu’ils sont, par ce qu’ils deviennent.
Par ce que Dieu dessine pour eux.