Ma réponse n’a pas tardé. L’invitation était surprenante, inattendue et unique. J’ai dit oui.
Le rendez-vous est fixé quelques minutes avant l’heure, devant la grande porte haute. Je connais le bâtiment, je l’évitais du regard quand j’étais enfant. Vieille bâtisse, trop haute, aux fenêtres si étroites. On a déposé le contenu de nos poches, de nos sacs, montré nos cartes d’identité. Immersion dans un monde à part.

Des hommes, jeunes, plus âgés, visages abimes, usés, fatigués, marqués. Promiscuité imprégnée jusque dans les attitudes. Je ne sais rien de leur vie, je ne veux rien savoir des raisons de leur présence ici.
Je ne viens pas pour vivre une expérience hors du commun, je viens vivre la messe de la nuit de Noël, et partager cette joie de Noël avec eux.
Mais quoi de plus difficile que de parler de joie, d’espérance, d’esprit de Noël à ces hommes, enfermés, emprisonnés, éloignés des leurs. Même si les retrouver dans un tel endroit, c’est sans doute pour une raison “juste”…
Pourtant, on a chanté. Pourtant, on a prié.
Un par un, ils ont prononcé le prénom de leurs enfants. Moment d’intimité douloureux pour beaucoup, quand l’absence se fait trop lourde.
Communauté rassemblée, et présence invisible d’un Dieu qui s’est fait Homme, au milieu du monde, au milieu d’eux aussi. 
Désormais, ma prière n’aura plus la même saveur, Confier chacune de ces vies et trouver un juste équilibre entre la blessure immense des uns et le pardon à donner aux autres. Qu’ils puissent un jour se relever, et ne pas retomber, pour être debout au milieu des leurs.

Et les portes de la prison se sont refermées lourdement sur un jour pas tout à fait comme les autres.